Révélée par Aristote, cette pratique de persuasion permet de débattre avec style et élégance. Grâce à la parole, il est possible de faire évoluer l’opinion. Voilà plus de 2000 ans que les bases de la rhétorique ont été mises en lumière. Les Grecs que les Romains la pratiquaient et l’enseignaient dans des domaines tels que les procès et la politique.
La Grèce antique, berceau de l’art oratoire
La rhétorique naît vers 465 avant J.-C. Une légende raconte que Hiéron, le tyran de Syracuse, aurait interdit à ses sujets l’usage de la parole. Pour les défendre, Corax, disciple du philosophe Empédocle, publie un « art oratoire », véritable recueil de préceptes pratiques à l’usage des justiciables désirant récupérer les terres qui leur avaient été subtilisées. Depuis ce moment, on prend conscience que le langage sert non seulement à communiquer dans la vie courante mais aussi à convaincre les autres de son bon droit, surtout si on apprend à l'utiliser suivant certaines règles. L'invention est donc grecque, et rapidement différents courants et auteurs tels que les Sophistes, Démosthène, et Aristote la développent.
Origines
Et c’est en 456 avant J.-C. que dans « Gorgias », Platon décrit toute la puissance de la rhétorique. Chez les Romains, la fameuse « éloquence latine » atteint son apogée avec Cicéron et Quintilien, dont les discours et les traités ont longtemps été considérés comme les grands modèles de rhétorique dans l'enseignement. A Rome, les orateurs étaient la plupart du temps des avocats, une brillante profession qui permettait de gravir les échelons de la carrière des honneurs grâce au pouvoir de l'éloquence. A l'époque de Tacite, quand les jeunes gens quittaient le « grammaticus », ils passaient chez le « rhéteur ». Avec leur professeur, ils exerçaient l'éloquence avec la narration, la discussion, et le débat. Enfin à Pompéi, les orateurs avaient l'occasion de démontrer leurs capacités dans le « seggestum », une tribune ou les orateurs pouvaient s'adresser au peuple.
Les figures de style
Face aux obstacles, l’orateur se doit d’être persuasif, éloquent et capable de donner du sens. Comme disait Leibniz, il va s’agir «de provoquer ou d'accroître l'adhésion des esprits aux thèses qu'on présente à leur assentiment». Dans ce but, l’orateur conjugue ses talents d'écrivain et d'acteur, afin de captiver son auditoire. Porté par un état de grâce, galvanisé par le milieu hostile, l’orateur maîtrise les figures de style, et réussit à convaincre par le verbe avec panache et émotion. Cadrage, recadrage, réfutations, l’opinion réussit à se greffer dans un milieu à priori hostile, et en final à remporter l’adhésion. La technique oratoire devient art, et se transforme en rhétorique. « Communiquer n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu » a dit Aristote.